PREAMBULE AU COUTELAS SELON LE KK5012, QUI N’EST PAS LE LIVRE DE CHEVET DU CAPITAINE DE LA CONFRÉRIE DES FRÈRES DE SAINT MARC ET DE LA SAINTE VIERGE.

Bon, on parle beaucoup de l’épée longue, un machin long. C’est un peu le « sabrejaponaistropdark » des arts martiaux occidentaux, promettant merveilles et swag aux jeunes godelureaux qui l’empoignent. L’épée longue, substitut phallique de rôliste en manque de table…

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Ce que l’épée longue n’est certainement pas, même dans les romans.

Quoi ? Ça grince des dents ? Allons, camarades, qui n’a jamais fait une moue dégoûtée et prononcé les mots « moua je fais de la bâtarde monsieur, pas de l’escrime ou du sport, mais un art martial, comme dans Mars dieu de la guerre ». Oui, voilà, c’est bien ce que je pensais. Et bien aujourd’hui, on ne parlera pas d’épée longue. D’abord parce que c’est chiant. Tout le monde en cause, tout le monde sait tout dessus, tout le monde a lu, tout le monde a raison.

Non, aujourd’hui, nous parlerons du coutelas. Du messer, du dussack, du coutel, du fauchon, de la storta, de toutes ces petites choses, qui coupent et qui se manient à une main, avec un tranchant et un dos, plus rarement un contre tranchant, mais toujours avec une classe absolue. Le coutelas c’est beau, c’est bien, ça ne mange pas de pain. Et on peut même en couper avec, du pain.

PREAMBULE CHIANT

Mais quel ouvrage choisir ? Car oui, je suis d’accord avec vous, il faut choisir.

Beaucoup d’ouvrages manuscrits, et même imprimés, parlent de ce coutelas. Depuis la somme de Johannes Leckuchner, jusqu’aux dernières copies et reproductions de l’oeuvre de J. Meyer, en passant par le manuscrit des petits gros, on compte un nombre important de textes qui exposent l’escrime avec le coutelas. Et même si l’application de ces textes est toujours sujette à caution (par exemple, quid de l’influence estudiantine dans la conception et la transmission de ces arts martiaux…) ils existent et il faut savoir limiter son périmètre.

Tenez, prenons un exemple, voulez-vous ? le KK5012, attribué à un certain Peter Falkner, mais autant écrit par lui qu’un « Républicain » est honnête. Tout le monde, de suite, imagine un manuscrit d’épée longue. Un feuillet montre le lion de St Marc, hop, c’est un manuscrit de la corporation de Marxbruder, regroupant les arcanes magiquement magiques de cette arme mystérieuses…

Et ben non. Sans commencer à déblatérer sur la fonction du livre (qui n’est surement pas un manuscrit d’instruction ou de prestige) le bouquin de la Fraternité de Saint Marc est avant tout un ouvrage dédié au coutelas, du moins quand on le met en rapport avec les autres armes et chapitres qui le constituent.

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Plus d’un tiers de coutelas, épée longue balayée, combat en armure méprisé. Mauvaise foi assumée.

Même les plus obtus des lecteurs le reconnaîtront, 38% c’est beaucoup. Nous passerons sur les raisons de la densité de cette partie dédiée au coutelas, probablement autant due à la manière elle même dense (les textes dédiés sont souvent, voire toujours extrêmement denses). De la même manière, l’exposé, un par folio, des postures, des attaques, de toutes les manœuvres prend de la place.

Non, rien de tout cela. Par contre, il sera possible de dire que le coutelas allemand, qui reprend généralement, voire tout le temps, un énoncé originaire de l’épée longue, se voit ici reconnu comme une manière à part entière. Comparez, si vous êtes curieux : l’épée longue et le coutelas ont un exposé complet, depuis les postures jusqu’au coups, en passant par des manœuvres à la taxinomie précise et détaillée. Les autres armes sont traitées de manière beaucoup, BEAUCOUP moins fine. Tout au plus s’agit-il de guides complémentaires pour aventureux de l’escrime et des arts martiaux.

Mais, d’ailleurs, c’est quoi, ce bouquin ? Conservé sous la cote KK5012, au sein des collections du Kunsthistorisches Museum de Vienne, l’ouvrage, de petite taille, est difficile à dater. Mais comme il n’est pas rédigé sur parchemin (comme beaucoup, en fait), on peut observer le papier, feuille par feuille. Et là, badaboum, il y a un filigrane relié à la ville d’Augsbourg, en 1489.

Le commanditaire de l’œuvre nous est inconnu, de même que son premier propriétaire. Car oui, personne ne pense sérieusement qu’un certain Peter Falkner ait rédigé dans son petit bureau un livre sur papier illustré et colorisé. L’inscription du f°XX, « Meister Peter Falkners kunste zu Ritterlicher Were» n’est ni un titre ni une notule, mais probablement une inscription propre à la collection du château d’Ambras où le livre est conservé depuis 1596. Son histoire est d’ailleurs mouvementée, puisque les collections sont évacuées à Vienne en 1665, pour cause de… disons « guerre ». En 1806, à cause de l’avancée des troupes impériales françaises (soit non plus une libération, mais le parcours de l’étincelle du progrès), il est transféré à la collection des objets d’arts de la Maison Impériale. Il rentre à une date indéterminée au Kunsthistorisches Museum, mais ça on s’en fout, il y est encore. De fait, donc, le bouquin n’est plus utilisé en tant que tel depuis la fin du XVIe siècle. S’il a été utilisé un jour, ce dont rien n’est moins sûr.

En fait, seuls certains feuillets, ceux de la première partie du bouquin (f°1v-46r ), peuvent être reliés à un certain Peter Falkner. En tirant un peu les cheveux, et en  prenant en compte la représentation du lion de Saint Marc au f°57v, il est possible de poser comme hypothèse solide que le dit P. Falkner aurait été membre de la Confrérie de Saint Marc et de la sainte Vierge. Il pourrait même avoir été leur capitaine. En effet, dans la copie de la chronique de cette confrérie contenue dans le Cod I.6.2°.5, il est nommé comme tel en 1490 et pas mal de fois après.

Le Lion. Ou l’Évangéliste. Mais bon, c’est pas comme si les AM de l’Occident Médiéval étaient fondamentalement chrétien, hein ?

Niveau texte, c’est le merdier. Vous pouvez y lire des éléments de la tradition de « Liiiiiiechtenauuuuuuer », sur l’enseignement du combat à l’épée longue. Mais la forme en est profondément altérée. Le texte est illustré, en couleur, sur presque tous les feuillets, à la différence de la majeure partie des témoins précédents. A aucun moment, le texte ne précise le nom des auteurs dont il s’inspire. Il faut aussi noter que les rimes présentant l’escrime avec le coutelas sont une copie incomplète du texte contenu dans le Cod.Pal.germ 430 de Heidelberg. L’escrime avec la hallebarde est copié par une autre main que les parties précédentes. Il est d’ailleurs possible de retrouver des portions de ce texte, dédié à l’escrime en armure, dans le Cl.23842 de Paris (gaffe à la notice, elle demeure foireuse).

Niveau forme, le propos ne suit plus la structure traditionnelle « épitomé fractionné/commentaire ». Les parties textuelles destinées à l’épée et au coutelas sont rimées quand les parties destinées à la dague, aux armes d’hast, au combat équestre et au duel judiciaire sont en prose.

Bref, la présentation même des armes que l’on pourrait désigner comme nobles (et non pas pour les nobles) reflète un degré d’effort notable de présentation et de rédaction.

En mode bref/gros résumé du bref, les lames assez longues, c’est bien, le reste c’est tout pourri.

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Notons, enfin, qu’il se trouve qu’on observe, comme dans tous les bouquins d’arts martiaux de la fin du Moyen Age, des textes qui se répètent d’un témoin à l’autre. Par exemple, on trouve des bouts du poème, que je nommerais désormais épitomé, attribué à Johannes Leckuchner. Pour identifier ces similitudes (en rappelant que ce ne sont QUE les textes rimés, il n’y a aucun commentaire dans le KK5012), je les mettrais en ROUGE, comme ça : rouge.

Une fois cette partie chiante au possible évacuée, nous pourrons, dans un prochain temps, et donc dans un billet en cours de finalisation, nous intéresser au contenu. Traduit, quand même, on est pas des chiens d’érudits.

 

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