Le bouclier hongrois, sans les filles (on scomprend)

On cause, on cause, on s’extasie devant les mignons petits dessins de nos bouquins, et on bosse sur des traductions modernisées (voire escrimissées) des mêmes bouquins.

Mais l’épée longue, ou les épées qui coupent pour de vrai ne sont pas seules. J’ai déjà traité ailleurs, ya longtemps, des bâtons et autres armes nobles et distinguées. Et pour rire, aujourd’hui, je vais vous causer, in situ, d’une arme un peu proche (les gens attentifs verront) : le grand bouclier. Manié à deux mains, mais aussi à une main avec une autre arme (au choix, selon le texte, une épée, une dague ou une masse à la con)

Pour introduire cette thématique qui n’est pas super bandante, mais qui existe (aucun art martial n’est parfait, et on ne fait pas des arts martiaux uniquement sur ce qu’on aime, sinon, on est un gamin pourri gâté), on va causer du texte du Ms.Germ.Quart.16, plus exactement des folios 49v (pour verso) à 55r (pour recto). Passons sur le fait que ce soit probablement une copie de mauvais aloi, et penchons nous rapido sur le document. Le bouquin est petit et presque carré (pas loin de 20cm sur 20cm). Il est en parchemin, fait inhabituel, et rédigé par deux mains différentes, dans un obscur dialecte bavarois à la con.

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Ceci n’est pas un manuscrit. C’est un gâteau. Un gâteau qui tue.

Le texte ne mentionne aucune date, bien que certains farceurs n’hésitent pas à faire une analyse chronologique d’une copie en analysant les costumes et armures. Gros bullshit, mais on fait avec ce qu’on a. Ceci nous amène entre entre 1435 et 1440. Nos petites mains nous disent que le bouquin est présent, en 1661 à la Berliner Kurfürstenbibliothek, et qu’il reste grosso-merdo dans la même ville jusqu’en 1945, date du grand chambardement, qui l’amène à Cracovie.

Sinon que dire… ah oui, le bouquin et une partie de son contenu, mais pas celui dont je vais causer, est comparable aux manuscrits de ce que les gens savant appellent le « Groupe Gladiatoria ». Pour plus de précisions, attendre une critique du livre de Dierk Hagedorn et Bartłomiej Walczak.

Allonzy, allonzô, allons au boulot !

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  • Note la première pièce avec le grand bouclier et les épées : tiens ton épée derrière le bouclier et lève la pointe au dessus de ce dernier. Cours sur lui et place ton bouclier en bas du sien, puis estoque par-dessus en passant ton épée entre les deux boucliers, afin de toucher son cou.
  • Sois attentif au contre : quand tu pressens l’estoc qui va donner vers ton cou, frappe son épée en poussant ton bouclier vers son flanc gauche, puis estoque par-dessus en passant ton épée au-dessus de ton bouclier, afin de toucher sa poitrine. Ainsi, tu as brisé la pièce.

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  • Note la seconde pièce : quand tu veux l’ébranler, place les quillons de ton épée contre ta poitrine et marche hardiment contre lui de manière à ce que ton épée le traverse après être passée entre vos deux boucliers. S’il désire repousser ton estoc avec son bouclier, alors fais en sorte que ton propre bouclier soutienne ton épée afin que l’estoc puisse être réalisé.
  • Sois attentif au contre: repousse son estoc sur ta gauche avec ton épée, de manière à ce que ta pointe touche sa poitrine, ainsi tu brisé la pièce qu’il voulait réaliser contre toi. 

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  • Note la troisième pièce : tiens ton épée devant toi et agis comme si tu désirais passer la pointe entre les deux boucliers. Quand il pense voir l’estoc, marche vivement sur sa gauche avec ton pied droit et estoque son dos.
  • Note le contre : quand il tente d’estoquer ton dos et que tu le pressens, frappe son épée avec le haut de ton bouclier afin de briser l’estoc qui désire faire contre toi. Estoque à ton tour, par dessous, entre les deux boucliers, pour toucher son corps. Ainsi tu as brisé la pièce qu’il voulait faire contre toi.

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  • Note la quatrième pièce : tiens ton épée devant toi et avance vers lui. Positionne ton bouclier contre le sien et marche droit devant avec la jambe droite, pour estoquer en dessous de ton bras gauche et toucher son côté droit.
  • Note le contre : quand il tente d’estoquer ton flanc droit par dessous, et que tu pressens ceci, tombe avec ton épée sur la sienne, puis marche droit devant avec la jambe droite. Ainsi, tu auras repoussé son estoc sur le côté et tu pourras estoquer où tu le désireras. Ainsi, tu as brisé la pièce qu’il désirait faire contre toi. 

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  • Note la cinquième pièce : si tu désires le provoquer, avance fermement avec ton bouclier contre le sien, et estoque au dessus de la tranche de son bouclier pour atteindre son corps.
  • Note le contre : si tu perçois l’estoc qui passe au dessus du bouclier, soulève ce dernier avec force et laisse sa partie basse aller vers ta gauche. Puis estoque par dessous en passant entre les deux boucliers pour toucher sa fierté. Ainsi, tu as brisé la pièce qu’il désirait faire contre toi.

Ici, le lecteur assidu et attentif, à défaut d’être capable de donner une explication cohérente, aura remarqué qu’une phrase est rédigée à la verticale.

  • C’est ici que se terminent les cinq tenues du grand bouclier et avec l’épée, depuis lesquelles sont issues toutes les pièces et tous les contres. 

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  • Note la première pièce avec le grand bouclier : quand il vient lier avec un coup de dessus et que tu as fait de même pour tenir le lien, marche devant avec la jambe gauche et attrape l’arrière de son genou droit avec la pointe basse de ton bouclier. Lève vivement le tout pour le renverser.
  • Si tu désires contrer cette pièce, marche avec le pied gauche devant et tourne ton bouclier de bas en haut depuis ton côté gauche, à l’intérieur du sien, afin de pousser son corps avec ton propre bouclier. Ainsi, tu as brisé la pièce avec laquelle il désirait te renverser.
  • Ces pièces constituent le commencement de toutes les coutumes de duel franconien, avec le bouclier et la masse, et également avec la dague. 

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  • Note la seconde pièce. Lorsque tu as lié par dessous avec le bouclier, marche devant avec le pied droit et lève fermement ton bouclier. Marche alors devant avec ton pied gauche et pousse son bouclier avec le tien sur son flanc gauche. Ainsi, tu découvres son corps.
  • Note le contre : recule le pied droit et ramène vivement ton bouclier derrière toi. Ainsi, il sera lui même découvert et tu as brisé la pièce qu’il désirait faire contre toi. 

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  • Note la troisième pièce, dite le changement d’attaque : lorsque tu désires frapper, marche devant avec le pied droit et frappe fortement sa tête par dessus avec ton bouclier. Tire alors vivement vers toi et estoque sa fierté avec ton bouclier. Tourne ce dernier en bas sur ta droite, ainsi, tu seras revenu pour donner le changement d’attaque, et tu pourras estoquer de l’autre côté.
  • Note le contre : s’il réalise le changement contre toi, frappe avec ton bouclier, puis marche devant avec le pied gauche, afin d’atteindre l’intérieur de son bouclier, et l’estoquer. Ainsi, tu tu as brisé la pièce qu’il désirait faire contre toi.

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  • Note la quatrième pièce, dite du coup médian : positionne ton bouclier devant toi, de manière horizontale, et attends son attaque, qu’elle soit de taille ou d’estoc. Ainsi, tu pourras la dévier sur le côté.
  • Note le contre quand il t’a dévié et que ton pied gauche est placé devant. Tu dois alors pousser fermement ton bouclier sur son flanc droit et marche devant avec ton pied, tout en tournant ton bouclier depuis le bas. Ainsi, tu te places, toi et ton bouclier, à l’intérieur du sien, là où il est vulnérable. Ainsi, tu as brisé la pièce. 

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  • Note la cinquième pièce, dite du coup plongeant avec le bouclier : quand tu marche vers lui, frappe son visage de la pointe. S’il pare avec son bouclier, bouge le tien depuis le bas et pousse fermement vers son corps.
  • Note encore une fois le contre : tourne ton bouclier depuis ta droite et le dessous et marche devant avec le pied droit. Pendant ce temps, attrape l’arrière de son genou gauche et recule ta jambe gauche, et ramène fermement tout cela vers toi. Ainsi, tu as brisé sa pièce, etc.

Ici, le lecteur assidu aura encore remarqué qu’une phrase est rédigée à la verticale.

  • Ces pièces sont celles du bouclier et de la masse, comme cela est écrit et dessiné.

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  • Voici les cinq tenues avec le bouclier de costume civil, à partir de laquelle toutes les pièces et tous les contres peuvent être appris, et appliqués aussi bien pour jouer que pour les choses sérieuses.

Note : chuttennischen puckler est un terme chelou et un peu foireux. Si on s’en réfère au Schweizerisches Idiotikon, « chutten » désigne la tenue des hommes, voire des ruraux (Kleidungsstück für männer, Rock, jacke für männer und Knaben, bei der naturfarbende Bauernrock mit Schössen). J’ai choisi d’y voir une signification de costume civil, courant, à l’inverse du costume réglementaire.

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  • Voici une tenue avec le coutelas et aussi avec le bouclier hongrois, avec lequel toutes les pièces ludiques et sérieuses peuvent être réalisés.
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