Master ou pas master, telle est la question…

Ceci n’est pas un « mot-qu’on-ne-doit-pas-prononcer ». Ceci est un meister

Il y a quelque chose de pourri au royaume des AMHE. Mais le Carrousel va faire le ménage. En effet, chers internautes câblés, il ne vous a pas échappé que ces derniers temps (même si le temps se compte parfois en années), le mot maître…. master, master… ahhh

Oh, un moustachu vient de m’apporter une injonction stipulant que l’usage du mot « maître » est interdit dans tout sujet traitant des arts martiaux historiques. Bon, reprenons…

Ces derniers temps/années, le mot « mot-qu’on-ne-doit-pas-prononcer » fut sur toutes les lèvres, ou sur tous les claviers. L’histoire a été complexe, et il est utile de la rappeler, pour ce que nous avons pu en comprendre, en notre rural pays de France un peu en retard. Cela dit, cela serait juste une partie de l’histoire, nous n’avons pas la nuit devant nous.

Il était une fois un vaillant chevalier, déjà récompensé à de fréquentes reprises pas ses pairs. Le chevalier était heureux, mais il lui manquait quelque chose. En effet, sa confrérie, composée principalement de hâbleurs ainsi que de centaines d’aspirants paladins, n’était pas très organisé. A l’image d’une ONU des arts martiaux, seul celui qui frappait le plus fort sur son compte facebook et/ou sur ses camarades pouvait espérer avoir une oreille attentive. Même la barbe n’apportait plus, dans cette respectable assemblée, l’autorité nécessaire à l’écoute et à la discipline. C’est dire !

Le chevalier décida qu’il en était assez. Il décida donc, avec l’appui de la confrérie des cavaliers de son duché, de fonder un parcours administratif permettant de devenir chevalier. Mais selon les critères des cavaliers. Alors les chevaliers qui n’étaient pas des chevaliers ne furent pas d’accord, et tombèrent à bras raccourcis sur le vaillant chevalier qui avait sorti ses doigts de son….

Je m’égare.

Une prochaine intervention à l’AG de la FFAMHE

Bref, c’est un blocage. Le mot « mot-qu’on-ne-doit-pas-prononcer » dans les AMHE, c’est comme un croque-mitaine, un monstre tapi sous le placard de la cuisine qui n’attend qu’un moment pour dévorer la dignité des AMHEteurs pour les faire rentrer dans le rang et les forcer à adopter la structure enseignant/élève qui, nous le savons, n’apporte que ruine et déshonneur sur toutes les professions. Mais en fait, c’est quoi, ce qui est redouté, exactement ?

Et bien, cher lecteur sautillant, c’est le processus de transmission qui est redouté. En effet, dans une structure collégiale, telle que la voient les Che de caniveau, tout le monde apporte (enfin, est censé apporter) sa pierre à l’édifice. Les débats se font entre égaux et normalement, je dis bien normalement, tout se déroule dans une tension bon enfant qui débouche sur un compromis vigoureux arrosé de bière qui continue à fermenter une fois avalée. Sauf que dans une structure collégiale, il y a généralement cooptation, ou sélection, ou quoi que ce soit qui permettre aux gens de parler entre égaux, sous entendu « entre gens qui ont des compétences relativement similaires« .

Bâtir un enseignement sur ces modèles est donc possible, à condition qu’on ait en face de soi des gens qui aient tous, plus ou moins, les mêmes capacités (et non, l’absence de capacité n’est pas une égalité de fait, plutôt une égalité de défaut). Vous conviendrez comme moi que c’est quelque chose de très rare. Notre bonne vieille éducation nationale elle même a tentée de bâtir un modèle scolaire où l’élève, un apprenant qui n’a que soif de savoir et de connaissance (et pas de vodka et de cartes pokemon), construit son propre apprentissage en dialoguant et en cherchant lui même les réponses. Je simplifie, mais à dessein. Bref, c’est difficile de faire marcher une machine pareille avec une entrée libre.

Du coup, il reste l’autre solution, celle où un enseignant, responsable, compétent, fait descendre la lumière de la connaissance sur ses chères têtes blondes d’élèves. Un peu comme un robinet de savoir. Mais un robinet qui marche, c’est à dire un robinet ne venant pas d’une tireuse à bière dijonnaise.

Mais tout ceci possède une solution simple. Oui, mes très chers lecteurs. Car il est possible d’avaliser les compétences de transmissions d’un savoir historique (dingue hein ?). Il est possible de trouver des gens qui vont transmettre ce qui fait la différence entre un art martial moderne et un AMHE. Le « mot-qu’on-ne-doit-pas-prononcer« , dans les AMHE, au fond c’est quoi ? Le « mot-qu’on-ne-doit-pas-prononcer« , c’est la source, le document historique qui nous dit « frappe ici et pas là, fait ceci et pas cela, et par pitié, gros blaireau, ne te fais pas tuer« .

En effet, seule la source permet d’avoir accès à la tradition morte que nous travaillons. Elle est notre seul, j’appuie sur le mot, notre SEUL moyen de connaître ce qui se faisait/se pensait à l’époque au sujet des arts martiaux. Personne ne peut prétendre à ce savoir, même les gros asociaux d’historiens qui en font leur vie.

Je me dois de dire que je vous vois, à travers les caméras que j’ai fait poser chez vous. Vous triomphez, derrière votre écran. « ha ha, je te tiens, Carrousel, tu es fait comme un kebab. La source est le seul référent, pas de « mot-qu’on-ne-doit-pas-prononcer« , pas de professeur… ouiiii, le rêve de la Commune est vivant, vive la Révolution d’Octobre « 

Le « mot-qu’on-ne-doit-pas-prononcer », dans l’esprit de ses détracteurs.
Si vous me cherchez je suis sur la pointe de l’Université Lomonossov.

Sauf que non. Car, comme d’habitude, l’histoire est beaucoup moins manichéenne que vous le pensez. Tenez, prenons un exemple simple et assez drôle:

Les gardes de l’escrime selon Johannes Liechtenauer (je parle globalement, hein, n’allez pas me faire dire que le 3227a est une copie du Cod. Icon. 393… ou ne serait-ce pas l’inverse, ou pas du tout… hum, je doute) sont au nombre de 4, idéalement.

  • La garde « vom tag« 
  • La garde « ochs« 
  • La garde « pflug« 
  • La garde « alber« 

Bon, pour « vom tag« , mon propos est expliqué dans des tas de publications que je vous encourage à chercher, mais je pense intimement qu’elle signifie de manière globale « le jour » ou « pendant le jour« . Même si certaines sources laissent planer le doute, doute qui est amplement plus clair dans mon exemple suivant.

Ochs, c’est le bœuf

Pflug, c’est la charrue.

Et alber… ahhhhh, alber. Olber. Idéalement traduite par « le fou« . Et en effet, le terme signifie fou, simple d’esprit et est affirmé dans certaines sources comme signifiant cela. Mais pas partout.

Ainsi, dans le… Mais, oh surprise, dans les œuvres reliées à Paulus Hector Mair, le terme « alber » ne signifie pas du tout « fou » ou « simple d’esprit« . Dans sa traduction latine, le texte traduit en effet « alber » par… « populus« . Et non pas « populus » le jeu. Non. Populus le Peuplier. Pas évident de faire coïncider le peuplier (l’arbre) et le fou. A moins que le peuplier soit un arbre fou, ou alors qu’une obscure symbolique médiévale du peuplier comme symbole des fous m’ait échappée (ce qui est bien possible).

Quel est le sens de cette obscure mais néanmoins brillante démonstration ? Vous vous le demandez, hein ? Et bien deux choses: la première, c’est que la source demande d’être lue et comprise. Par vous, pas seulement par votre instructeur, succédané de « mot-qu’on-ne-doit-pas-prononcer« . Je sais, ça semble anodin, comme ça, mais c’est capital. Et pour la comprendre, il faut savoir la lire non pas avec vos yeux, mais avec des yeux comprenant les couleurs et les codes d’écriture de l’époque. Et c’est là qu’intervient la seule (j’appuie, la SEULE) chose qui puisse être transmise dans les AMHE. Ne peut pas croiser une source avec n’importe quelle source. Bref, la seule chose qui peut être transmise, c’est la méthode.

C’est là que je ne vais pas me faire de copains: dans les arts martiaux qui s’appuient sur une tradition, l’aspect historique prend le pas sur l’aspect purement efficace. L’objectif des AMHE n’est pas de chercher si la garde du bœuf à cheval sur une charrue est la meilleure et qu’elle va permettre de défoncer l’adversaire italianophobe (mon petit doigt me dit que c’est surtout une question d’entrainement, la question de la victoire). L’objectif des AMHE, c’est de chercher à pratiquer la garde du léopard gay conformément aux sources qui en parlent de la même manière. Si après, vous êtes un homme efficace, tant mieux pour vous, vous en ressentirez une grande satisfaction dans votre cœur. Mais satisfaire la soif de pouvoir des gens n’est pas le but des AMHE.

J’irais même plus loin, et là, je vais perdre le peu d’amis qui me restent. Par répercussion, si la source est « mot-qu’on-ne-doit-pas-prononcer« , alors celui qui sait aborder la source et comment la comprendre EST le professeur, du moins le professeur qui transmet la méthode pour aborder ces disciplines. Mais l’unicité de la méthode a également ses détracteurs, hurlant à la pollution, à la mort du petit cheval et j’en passe. Et ce qui, au sens du Carrousel, fait le drame des détracteurs du cadre, ce n’est pas la peur de voir leur discipline leur échapper, c’est la peur de voir qu’il n’ont pas le niveau réel pour l’enseigner. Et par conséquent, la peur la plus terrible qui soit dans notre beau pays de France: celle d’être humilié.

Parce que dire « mot-qu’on-ne-doit-pas-prononcer » revient à dire « examen ». Test. Réussite. Echec.

Or, s’il y a bien un état de fait qui permet de n’avoir ni gagnant ni perdant, c’est le statut quo, ou « compromis mou du genou ». Pas de « mot-qu’on-ne-doit-pas-prononcer » reconnu, cela signifie pas de juge, pas de règle, donc pas de risque d’échec. Si monsieur X ne reconnait pas d’enseignant ou de certification, cela l’assure d’une chose: pouvoir continuer à jouer sur une chose aussi évanescente que la réputation et la rumeur et surtout, surtout, pouvoir continuer à jouer du merveilleux mirage selon lequel « tout le monde est au même niveau, mais quand moi je parle, on se tait« . Monsieur X demeure, et c’est là le plus important, un « mot-qu’on-ne-doit-pas-prononcer » à SES yeux, se délectant du regard d’autrui sans, bien sûr, en assumer les conséquences, comme un véritable enseignant doit le faire (mon petit doigt me souffle que c’est une partie non négligeable du métier, d’ailleurs).

Monsieur X est donc un gros lâche.

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8 réflexions sur “Master ou pas master, telle est la question…

  1. Dans la lettre impériale de la confrérie de St . Marc est stipulé que nul peut enseigner l’escrime et s’appeler maître, s’il n’est pas nommé et reconnu par ses pairs … 😉

    • Oui. Dans la France de l’ancien régime, on ne peut pas être artiste si on est pas exposé au Salon de l’Académie. Dieu merci, on est sorti de ce temps et il n’y a plus d’académie qui décide de la bonne tenue des choses, sauf peut être l’académie francaise (même si une récente polémique montre que tout le monde se torche avec ses obligations de langue).

      Quoique l’AAF voudrait y revenir, à ce temps béni où elle décide de la « bonne » escrime.

  2. je suis d’accord également avec cette approche et ce serait un point qui serait franchement a creuser. je suis benoit fortin, a la présidence des amhe de touraine et je m’etais demander « qu’est ce qui serait intéressant a faire comme stage sur Tours, qui serait différent des autres ».

    j’ai alors pensé qu’un jour faire un stage justement sur « comment lire et interpréter les sources » pour les débutants ou les compagnies médiévales ( donc pas necessairement amhe ) qui sont légions, ne serait pas bête. personnellement, je n’aime pas la perte d’informations qui résulte de la transmission entre la source->instructeur->élève , préférant l’explication d’une technique par un instructeur mais que l »eleve lise la source en même temps et qu’il y ai un échange entre l’élève et l’instructeur sur la dite technique.

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