Richelieu et les arts mécaniques

Comme la connaissance des lettres est tout a fait nécessaire dans une république, il est certain qu’elles ne doivent pas être enseignées indifféremment à tout le monde. Ainsi, tout comme un corps qui aurait des yeux en toutes les parties serait monstrueux, un état le serait si tous ses sujets étaient savants. On verrait peu d’obéissance, alors que l’orgueil et la présomption serait ordinaires.

Le commerce des lettres bannirait absolument celui des marchandises, qui comble les états de richesses, et ruinerait l’agriculture, vraie mère et nourricière des peuples. Il déserterait en peu de temps la pépinière des soldats qui s’élèvent plutôt dans la rudesse de l’ignorance que dans la politesse des sciences. Enfin, il remplirait la France de chicaneurs, plus propres à ruiner les familles particulières et à troubler le repos public qu’à procurer aucun bien aux états. Si les lettres étaient profanées à toutes sortes d’esprits, on verrait plus de gens capables de former des doutes que de les résoudre et beaucoup seraient plus propres à s’opposer aux vérités qu’à les défendre.

C’est par ces considérations que les politiques veulent, pour un état bien réglé, plus de maîtres ès mécaniques que de maîtres ès arts libéraux.

Maximes d’Etat ou testament politique d’Armand du Plessis, Cardinal Duc de Richelieu, Pair et Grand Amiral de France, premier ministre d’Etat sous le Règne de Louis XIII.

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