l’escrime, cette manière éternelle… ah, ben non en fait…

« 1 avansiren. 2 retteriren. 3 pariren. 4 forsiren. 5 attaiquiren. 6 battiren. 7 fintiren. 8 lengiren. 9 allongiren. 10 engagiren. 11 caviren. 12 repostiren. 13 Coupiren. 14 passiren. 15 voltiren. 16 Desarmiren. 17 contra marchiren. 18 corrumpsiren….. »

J’en suis pas certain, mais on dirait du français germanisé avec les pieds.

Non non, tous ces mots ne sont pas des blagues, mais bel et bien des termes d’escrimes tirés d’un manuscrit (oui, un manuscrit) du XVIIIe siècle.

http://digital.staatsbibliothek-berlin.de/werkansicht/?PPN=PPN670304972

Autant pour la théorie de l’incroyable filiation éternelle de l’escrime, qui, manifestement, en Allemagne, s’est fait juste piétiner allègrement par l’école française.

Notez l’incroyable « contra marchiren » qui signifie surement « faire des gaufres« , ou « coupiren« , que tout le monde connaît aujourd’hui, de manière universelle, sous la forme « mets tes babouches »

La prochaine fois qu’on vous explique que l’escrime est issue d’une longue lignée ininterrompue d’enseignements, vous pourrez dire « ça dépend ». Car, manifestement, en 1750, on ne transmet pas des masses l’escrime traditionnelle, ni à travers ses concepts, ni à travers ses mots.

A croire qu’il y a vraiment eu interruption et que l’escrime moderne est différente des escrimes anciennes… du moins dans son vocabulaire.

Et ses concepts

Et son organisation

Et son enseignement

 

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6 réflexions sur “l’escrime, cette manière éternelle… ah, ben non en fait…

  1. Hello, mais c’est un erreur de croire à partir de ce joli bouquin de Cologne que l’escrime allemande moderne est de base française. Or, dans touts les temps, on avait plus d’affinités avec les italiens. Et il n’y a pas vraiment abandon d’une tradition d’escrime, mais abandon des armes trop lourdes ou impopulaires. Par contre, les maitres Kreutzler ont continué d’enseigner le système « traditionnel » allemand adapté aux nouvelles armes(épée française, fleuret) jusqu’au 19e siècle …
    Mais c’est surtout sous l’influence des maitres italiens comme Barbasetti que le style d’escrime change en Allemagne.

    • Comme toujours, cher ami, il faut prouver ce que l’on avance, et ne pas avancer plus loin que ce qu’on a prouvé.

      Par exemple, ces deux ouvrages (Cologne et Berlin) font partie des rares témoins allemands de cette époque quant à la transmission par écrit de l’escrime, dans cette langue. Je parle bien sur du XVIIIe… l’influence italienne semble plus prégnante au XIXe.

      Or, qu’y lit on ? Que les termes (et in extenso une partie des concepts) techniques ont profondément changés et qu’ils semblent transmettre une escrime qui tranche non seulement avec les bases et les mots de l’escrime allemande traditionnelle (enfin, les deux dont on ait une trace) mais également qui tranche avec le « New stile » des XVI et XVIIe siècles. Une escrime qui, étrangement, reprend une terminologie purement française (elle même issue de termes italiens francisés, parfois). Exemple « avansiren » qui n’est pas tiré de termes italiens, mais francais, idem pour attaiquiren etc etc.

      Du coup, on peut légitimement se poser la question: l’escrime traditionnelle est-elle cachée, comme un mystère accessible aux seuls initiés (si possible avec des costumes et des masques de conspirateurs) ou bien, à l’image du New Stile, justement, l’escrime a t’elle profondément changée de fond comme de forme… ? Comme je crois moyennement aux complots…

      Maintenant, s’il y a des preuves de la continuité de l’enseignement de l’escrime selon les maîtres du XVe siècle, ou, allez, des XVI et XVIIe, n’hésitons pas et montrons les… mais il semble que l’enseignement de l’escrime en Allemagne, de par les témoins écrits que nous ayons, soit lourdement inspirée de l’escrime française de la même époque, et pas du tout de leurs prédécesseurs.

      Cela dit, il est fort possible que les subtilités de la méta escrime mondiale m’échappent.

      • Le centre de l’escrime allemande du 17e jusqu’au 19e n’est ni Cologne, ni Berlin. C’est Jena, d’abord avec plusieurs générations de maitres de la famille Kreussler, suivi avec plusieurs générations de Roux, très prolix en publications d’ailleurs (qui manquent un peu aux Kreusslers). Wilhelm Kreussler devient maitre à Jena en 1620. Il était membre de la confrérie de St.Marc. Il enseignait une escrime de pointe proche de l’école italienne. Mais puisque la cour de Brandenbourg était très « francophone », une terminologie mi-français, mi-italien c’est mis en place, je pense. Les Kreussler enseignaient à Jena pendant 200 ans. Ils donnaient une structure à l’escrime des étudiants, la mensure. Quand, en 1840, l’escrime d’estoc était interdit, les corporations retournaient à l’escrime de taille pour leurs duels. Le codex de Jena est encore aujourd’hui le règlement classique de la mensure estudiantine …
        La bible des corporations d’armes, le « Seeman-Kahne », est un petit livre écrit par un maitre, qui pratiquait aussi à Jena. J’ai une copie sur mon site …

  2. Mais il y a aussi « Gründliche und eigentliche Beschreibung der freien adelichen und ritterlichen Fechtkunst im einfachen Rappir und Rappir und Dolch nach italienischer Manir und Art … » de Hans Wilhelm Schöffer von Dietz, maitre à Marbourg (1670), très inspiré Capo Ferro …

  3. Il ne s’agit pas de nier l’influence de tel ou tel enseignement, mais bien de noter que l’escrime allemande a muté, voire s’est totalement désolidarisée de son passé en certains endroits. La réflexion ne va pas plus loin que ça: il y a eu, d’une manière ou d’une autre, cessation de transmission d’une tradition donnée pour passer à une autre. Même si le glissement a pris une génération ou deux.

    Un exemple simple, qui dépasse de loin le concept de francisation et de vocabulaire pur: les deux concepts d’invitation et de feinte (présents dans cette source) sont rassemblés dans l’escrime germanique, entre la fin XIVe et le début XVIIe, sous le terme de verfuehren, ou tromperie. A ma connaissance, ils ne se désolidarisent pas tant que les textes et les manuels demeurent plus ou moins endogames. Et c’est un des nombreux symptômes du mode de pensée propre a l’une des deux traditions germaniques d’escrime (à savoir la tradition liechtenauerienne). Même dans le New Stile de Meyer, Hundt ou Sutor, le mot unique demeure plus ou moins (Meyer, certain, Sutor, je l’ai vu passer, Hundt, c’est une hypothèse sur la proximité avec Sutor).

    En séparant la feinte et l’invitation, on opère un changement radical dans la manière d’aborder la conduite du combat. On change de vision de l’escrime, en somme.

    Sans même parler des déplacements comme « contre marche », « passer » qui n’ont pas d’équivalent réel, même si on tire les traductions dans tous les sens, dans les traditions textuelles germaniques anciennes.

    Sur le Seeman Kahne que vous citez, par exemple, on peut voir que le vocabulaire, est, lui aussi, profondément coupé du vocabulaire des traditions précédentes. On trouve ainsi l’énumération classique des gardes (die prim, die segond, die hochterz, die hochquart etc etc) ainsi que des énumérations classiques de défenses (die hochterzparade etc etc) qui sont fortement éloignées des traditions germaniques médiévales et modernes, qui répartissent les gardes sur des groupes primaires/secondaires et les défenses sous le vaste merdier « versetzen ». Alors, certes, on peut dire que « c’est pareil ». Sauf que non, c’est pas pareil. Pas les mêmes noms, pas les mêmes réflexions derrière les noms. Nous sommes dans une autre vision de l’escrime, probablement plus récente, probablement italienne ou française.

    On pourrait aussi citer la division des lames, puisque la tradition germanique de rapière (et je me demande d’où ils sortent pareille division) comptent quatre parties, et non trois, sur la lame, comme J. Meyer le dessine un peu partout.

    Pour prouver qu’il y a eu suivi, il faut généralement soit prouver qu’une tradition vivante s’appuie toujours sur des concepts anciens et qu’il n’y a JAMAIS eu interruption dans la transmission de la même chose (aisé dans un ryu nippon ancien, par exemple, quand on a des documents d’époque) soit qu’un texte et qu’un énoncé s’est copié, d’années en années, de siècle en siècle, pour demeurer inchangé. Une tradition, c’est inchangé (ou relativement inchangé) par essence. Quand les choses changent, il y a cassure dans la tradition. Voire interruption totale quand on passe à autre chose.

    Tout ça ne veut donc pas dire qu’on arrête d’enseigner l’escrime en terre allemande entre le XVIIe et le XVIIIe, mais qu’on enseigne probablement une autre escrime que celle enseignée entre le XIVe et le XVIe. Personne (enfin j’espère) n’irait défendre que les MA français actuels enseignent dans la droite ligne des maîtres escremisseurs du livre de la taille de P. le Bel. Parce qu’il y a eu scission (et une belle, en plus).

    Exemple absurde pour terminer ce pavé indigeste: le jour où l’Eglise Catholique cessera d’enseigner que Jésus est le fils de Dieu et qu’elle commencera a professer qu’en fait, il est une réincarnation de Bouddha, elle cessera d’être l’Eglise Catholique pour devenir autre chose. Parce qu’elle cessera de suivre une tradition. Ce n’est pas un jugement de valeur, d’ailleurs. Les traditions sont faites pour disparaître. Mais tout n’est pas tradition. Et l’escrime n’est pas une gigantesque tradition unifiée.

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