En cadeau, Meyer, Chap.5 de l’épée longue

Chapitre 5 : Un conseil utile à propos de la parade

L’escrime est basée sur deux éléments fondamentaux. En premier, l’attaque qui vous permet d’éprouver votre adversaire. En second vient la défense qui permet de repousser loin de vous les attaques adverses, les rendant ainsi faibles et inopérantes.

J’ai déjà assez expliqué comment frapper. Or, comme chaque attaque est utilisée à la fois pour se défendre des frappes adverses et les dévier, mais aussi pour frapper l’adversaire, enseigner comment attaquer revient à enseigner comment se défendre. Vous avez donc appris les attaques mais vous avez aussi appris à dévier ces attaques. Comme cela ne peut être séparé des coups, comme je viens de le dire, il est indispensable d’en faire la description ici, avec ordre.

Notez en premier qu’il existe deux formes différentes de défenses. La principale consiste à parer sans chercher un autre avantage que celui d’éloigner la peur. Vous ne faites alors qu’attraper les coups que l’adversaire vous donne, en plaçant votre arme entre vous et lui. Vous ne cherchez pas à le blesser, vous vous contentez de l’éloigner de vous pour ne pas être blessé. Maintenant, si vous êtes forcé de parer parce que votre adversaire est trop puissant, ou parce qu’il vous charge, vérifiez que vous ne pouvez pas faire de retraite, ce qui peut vous faire retrouver l’initiative.

Liechtenauer parle de ce genre de défense en ces termes: Gardez vous de parer, s’il est adroit, vous en souffrirez. Par ces mots, il n’interdit pas toute forme de parade. Il ne dit pas non plus qu’il ne faut apprendre qu’à attaquer. Il ne fait que vous avertir, comme vous avez pu le lire avant, que si vous vous contentez de parer, vous serez contraint de trop parer. C’est pour cette raison qu’il n’y a nul besoin d’être trop agressif en attaquant, ni de frapper systématiquement en même temps que lui, comme si vous aviez les yeux fermés, car cela ne ressemble en aucune façon à de l’escrime mais bien plus à une absurde bagarre de paysan.

Afin d’être plus clair, je vais ici classer les frappes et les défenses qui sont réalisées avec une attaque et seulement vous enseigner comment vous devez réaliser de telles attaques pour vous défendre, ce qui se décompose également en deux points.

  • Dans le premier cas, vous vous en prenez d’abord à l’attaque de votre adversaire. Vous la repoussez avec une attaque, puis vous frappez son corps après vous être emparé de sa défense.
  • L’autre manière de se défendre consiste à parer et frapper votre adversaire, d’un geste simultané. Les anciens maîtres pensaient que ceci était très profitable.

C’est de là que vient le proverbe : Un bon escrimeur ne pare pas. On attaque, il attaque aussi, on marche, il marche aussi, on estoque, il estoque aussi.

En ce qui concerne le premier cas, vous devez retenir que le coup de dessus annule tous les autres coups qui tombe du dessus, à savoir la colère, le milieu et le travers, ainsi que le coup de dessous. Voici comment le faire: bondissez loin de son coup puis frappez simultanément et avec force sur l’attaque qui vient. Si vous l’avez frappé correctement, vous affaiblissez tant sa lame que vous pourrez frapper une seconde fois sur son corps avant qu’il ne puisse se rétablir. Et tout comme le coup de dessus annule tout ce qui descend, comme le furieux ou le travers, le coup de dessous s’empare de tout ce qui frappe par le dessus, s’il est fait avec force et avec un pas sur le coté.

Maintenant, lorsque deux attaques simultanées ont lieu, avec leurs déplacements propres, l’un marchant un peu avant ou après l’autre, comme si cela avait lieu en un clin d’œil, alors les deux protagonistes ont amenés avec eux leurs défenses, et ces défenses sont contenues dans le premier coup droit.

L’autre défense, lorsque vous parez et frappez simultanément, se fait au moyen des coups renversés, comme le coup divergeant, le fixant, la couronne et le coup travers. Vous avez déjà lu les explications sur la manière de les faire. Ces coups renversés ont été inventés spécialement afin de permettre la parade et l’attaque simultanée. Mais je ne tiens pas à vous empêcher de mieux comprendre ni à vous priver de meilleures instructions. Je vous donne un exemple de défense avec le coup travers : Placez-vous dans la garde furieuse. Lorsque l’on vous frappe depuis le dessus, alors marchez sur le coté de votre adversaire avec votre pied droit et donnez simultanément un coup travers avec le faux tranchant. Ainsi, vous vous êtes emparé de son coup avec le fort de votre arme, juste à coté des quillons en croix. Frappez alors son oreille gauche avec votre faible. Ainsi, vous avez paré et attaqué de manière simultanée.

Il y a des attaques avec lesquelles on ne peut ni parer ni attaquer, comme par exemple avec le coup raccourci ou l’échec etc. Ce ne sont pas des éléments fondamentaux de l’escrime mais seulement des choses qui arrivent selon moi  « per accidens » ou par hasard, pour le feinter, le provoquer, le rendre furieux et le priver de tout avantage, ce qui ne se fait pas sans risque, parce que justement, ils ne permettent aucune défense.

 

 

Discours détaillé sur l’art de l’escrime, Joachim Meyer. Livre I, f°15r-16v

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