Le Kendo, épisode 3: la compétition réussie.

Ah, cela fait du bien de réécrire un peu librement. Dès qu’on a des contraintes, on est moins bon, on s’ennuie et, très vite, on en vient à dire des conneries. Bon, des conneries, on en lit beaucoup ici, je suis d’accord. Mais moins qu’ailleurs, c’est l’important. Et puis ce sont les conneries du Carrousel, c’est ça l’important.

Notez que le pied arrière ne traine pas. Une bien dure leçon, à apprendre encore dans beaucoup de modes de pratiques des AMHE.

Bref, nous avons parlé de l’histoire du kendo, on a parlé de l’équipement du kendo, mais au fond, personne ne met un équipement qui coûte cher pour se la jouer samuraï. Bon, personne à part les grands malades qui jouent un personnage quand ils font de l’escrime, mais c’est un autre problème.

Aujourd’hui, on va jouer et parler de la compétition en kendo. Mais en rappelant certaines choses. D’abord que la compétition en kendo est le résultat de la régularisation de l’activité et qu’elle s’insère dans la modernisation « pacifique » du Japon après la guerre. Je vous avais déjà parlé de l’établissement du shinai-kyogi, la compétition « light » avec des shinai, réhabilitée en 1949, qui avait précédé la fondation de la Zen Nippon Kendo Renmei et réamorcé le processus de développement du kendo. D’ailleurs, on notera, avec amusement, que la compétition, qui marque le retour d’une discipline ancestrale dans la société civile, n’a en rien entamé la perfection physique des formations, ni le niveau des combattants, ni même le renouveau des écoles traditionnelles. Il semblerait même que le sport et la compétition aient tiré tous deux le nombre de pratiquants vers le haut et, par conséquent, multiplié les ouvertures vers l’escrime traditionnelle…

Bref, les AM c’est comme les impôts : rien ne remplace une assiette large.

Mais comment elle marche, cette compétition ?

Nous avions vaguement vu, déjà, que l’équipement livre de précieux renseignements sur les choix du kendo, en termes de travail technique. En bref résumé, des zones prédéfinies, qui limitent les frappes. Cela sanctionne plus la précision et la perfection d’un geste précis qu’une capacité à « survivre ». Bon, notez que survivre face à un ami qui tient un sabre de bambou est une idée saugrenue, mais que voulez-vous, tout le monde ne choisit pas ses amis. Cela dit, une fois la question de l’équipement posée, la notion la plus importante du kendo, ce sont les arbitres. Oui, les gentils gens à côté de la piste. Mais, tiens, à quoi ressemble une piste de kendo ?

Déjà, elle est rectangulaire.

Piste kendo

Comme vous pouvez le voir sur le zoli dessin au dessus, il y a une piste ET un espace à l’extérieur. Solution salutaire, qui sert principalement à la circulation des gens autour des combattants. Une sorte d’espace tampon, ou une Ukraine du kendo, concept proche au cœur de nos camarades soviétiques. Cet espace tampon, pour les curieux, fait environ 1m50 de large.
La piste en elle-même fait 9m sur 12m, ce qui donne un espace total de 10m50 sur 13m50, je précise pour les gens extrêmement faignants. Cet espace a le mérite d’être grand sans être énorme, ce qui garantit aux combattants la possibilité de bouger sans pouvoir s’enfuir à Tombouctou.

Les deux compagnons tabasseurs commencent donc à 1m40 du centre, ce qui fait une distance totale de 2m80. Avec des shinais faisant au maximum 1m14, il y a donc un espace entre les deux pointes d’environ…. 50cm, a condition que les deux protagonistes le tiennent près d’eux (et il se trouve que peu de kendoka engagent en « pointe allongée », peu désireux qu’ils sont de se faire prendre le fer au premier geste). Par contre, ils sont à distance de frappe directe, ce qui les oblige à gérer la pression adverse dès le début du combat. Je ne sais pas pour vous, mais je trouve le compromis particulièrement intelligent. Et pas seulement parce qu’il s’agit du kendo, mais parce qu’il met directement dans le bain de l’assaut sans pour autant avantager de manière outrageante. On peut lier facilement, menacer sans lier, bouger. On peut même se planter. C’est prodigieux.

Faisons un récapitulatif, rapide, pour bien comprendre tout ça, une fois que vous avez engagé:

  • Votre arme est à 50cm de celle de l’adversaire. ( Tendez les bras, allez-y, pour voir.)
  • Votre pointe est à environ 1m60 du corps adverse. ( Petit calcul, 50 cm moins 1m60, ça fait ??? et quand vous marchez, vous parcourez combien ???)
  • L’adversaire tient sa pointe à 1m60 de votre tête. ( Question numéro une, l’adversaire a t’il de grosses cuisses ?)
  • Sur votre gauche, vous avez environ 4m pour manœuvrer. L’autre aussi. (Commençant jambe droite devant, pensez à ce que ça fait de croiser….)
  • Sur votre droite, vous avez environ 4m pour manœuvrer. L’autre aussi. ( Tiens donc, pour un droitier, quel est le côté le plus naturel ?)
  • Derrière vous se trouve un espace de 4m60 pour reculer (Sachant qu’on ne recule jamais à la même vitesse que l’on avance…)
  • L’adversaire dispose d’un espace de 4m60 pour absorber une avancée de votre part. (Oui, il peut s’enfuir. Ou vous piéger)

Sachant qu’il existe en kendo tout un tas de distances, mais que l’une d’entre elles est Issoku itto no maai,  ou « distance de frappe avec un pas »…. oui, le monsieur au fond a compris, la distance d’engagement correspond, grosso merdo, à cette distance, pour simplifier. Ça alors… tout est pensé… il semblerait que non seulement, les grosses têtes du kendo aient eu affaire aux mêmes problèmes que dans les AMHE, mais qu’ils y ont trouvés des réponses. Fascinant ! A croire que les règles ne sont pas improvisées et qu’elles ont un but. Pire encore, ils serait possible que des règles sportives recherchent un engagement net et un combat équitable ET intéressant. Dingue. On pourrait presque croire que le sport, c’est positif, en fait ! Mais je m’égare…

2m80, c’est à peu près ça.

Hop, la question de la piste est réglée. Notons, en pré-conclusion, qu’elle est facile à mettre en place grâce à des marqueurs bon marché (qui a dit « scotch de couleur » ?), qu’elle est assez petite pour être multipliée plusieurs fois dans un gymnase couvert (le lieu de pratique cohérent de beaucoup de sports aujourd’hui)..

Souvenez-vous, habiles lecteurs, j’avais parlé des arbitres en tout début de billet. Ces juges, en kendo, sont au nombre de… de plein en fait. Si on suit les papiers officiels, il y a :

  • Un arbitre « principal », qu’on appelle « Shinpan Cho« , et qui est surtout responsable de la bonne tenue du match. La sécu, il vise, les comportements, il vise, les arbitrages, il vise. Gros pouvoir, grosse responsabilité, tout ça tout ça.
  • Un arbitre qui préside aux assauts, qu’on appelle dans la source « Shinpan Shunin« , mais qui n’existe que lorsqu’il y a plusieurs aires de combat au sein de la même organisation. Il est délégué du « Shinpan Cho« , pour résumer dans les très grosses lignes.

Maintenant, il y a les arbitres en vrai, ceux qui sont sur le terrain.

  • L’arbitre principal, ou « Shushin« , est celui qui gère l’assaut dans son ensemble, prononce le début, la fin, l’attribution des points et tout le tremblement. C’est lui qui regroupe et est la voix de l’arbitrage sur le terrain.
  • De l’autre côté, on trouve deux arbitres assistants, ou « Fukushin« . Ces dynamiques duettistes sont dotés de prérogatives identiques, et qui correspondent en gros au pouvoir d’agiter leurs petits drapeaux dans tous les sens pour signifier tel point, telle erreur, telle suspension… Mais nous en reparlerons un peu plus loin.

Et vous pouvez voir, en dessous, comment ils sont positionnés. Certes, c’est un peu « rigide », aux yeux des anarchistes des AMHE, mais ça a l’avantage de pouvoir offrir un repère aux escrimeurs. Genre pour qu’ils puissent se concentrer sur leur kendo, et pas sur l’organisation.

Et en petit, au milieu, deux pauvres types.

Une piste, des arbitres, des combattants et même du matos… bon sang… on peut se taper dessus alors ? Et oui, petite brute, c’est parti. Mais il faut savoir maintenant comment on compte les points. Car bourriner votre camarade de coups de lattes de bambou jusqu’au KO n’est pas la bonne manière de se comporter. D’abord parce que… et ben parce qu’on est entre gens civilisés. Yep, c’est pas moi qui le dit, c’est à peu près…. les trois quarts des auteurs vénérés dans les AMHE. Et quand on fait face à une brute (oui, vous savez, celui que vous nommez avec mépris « puffel » ou « vilano » ou « gros pécaure »), on se comporte également en homme civilisé, ou du moins en homme savant. Et pas en gros con qui cogne. Ou qui se roule par terre jusqu’à décourager le plus vaillant des adversaires.

Et ben en kendo, on fait comme ça. Attention, c’est un combat, pas un concours de chatouilles. Il y a des bleus, des membres qui ont bobo, des testiboules qui morflent et des chocs à faire pâlir d’envie un grizzly sous nandrolone. Mais on se comporte en humain, et pas en gorille. M’est avis que certains gorilles se comporteraient avec plus de santé mentale que certains AMHEteurs. Mais je suis sur le petit chemin de la forêt, perdu au fond du ravin… remontons la pente et continuons à parler de kendo. En kendo, on compte les points. Oui, c’est triste, pas de KO. Enfin, « normalement » (je dis normalement parce que j’ai déjà été sonné, plus d’une fois, par une mule fonçant à 200 maai/sec et qui ne connaissait que le mot « tsubazeriai« ).

Robert L, meilleur AMHEteur du monde !

Le Carrousel fera preuve de pitié ici, et il ne vous énumérera pas les foules de possibilités qu’on rencontre en kendo (entre l’abandon, le refus de juger, etc etc… les documents sont disponibles ici)

Mais on peut être synthétique. En kendo, comme dit plusieurs fois, il y a des zones valables (bonne technique) et le reste (mauvaise technique). Toucher sur une bonne zone signifie que vous respectez la technique. Toucher n’importe où signifie que vous êtes un gros con qui touche au petit bonheur la chance.

Une bonne touche, c’est un « yuko datotsu« , littéralement.. je sais pas, mais dans l’idée « réaliser une frappe valide« . Vous noterez que l’idée est beaucoup plus variée que « toucher l’adversaire » ou « frapper l’autre avec le bout pointu ». En fait, l’idée, c’est de frapper l’autre:

  1. Au bon endroit, sur une surface valable (datotsu-bui)
  2. Avec la bonne partie du sabre, ou avec le tiers supérieur (monouchi)
  3. Suite à une vraie menace (Zanshin)
  4. Avec une vraie volonté (ki)

Et pas ki la magie, mais ki l’intention, l’énergie et la volonté.

On peut résumer ça avec un très bon concept, ignoré souvent par les grands penseurs qui imaginent que théoriser une pratique revient à dire du « bullshit ». Et non, celui-là ne sera pas en italique. Le Ki-Ken-Tai-no-ichi. Ki, ou la volonté dans le combat, ken ou l’usage de l’arme (qui n’est pas un vulgaire bâton), tai, ou le corps qui agit, le tout no ichi ou, dans l’idée, réunis. En un mot « frappe-avec-intention-ET-avec-le-sabre-ET-avec-ton-corps-tout-ça-ensemble »

A quoi tout ceci mène ? Et bien, si vous touchez par hasard en bougeant votre sabre dans tous les sens, ça marche pas. Si vous touchez sans réfléchir un peu à votre kendo, ça marche pas. Bref, si vous ne faites pas un art martial, ca marche pas. Alors, bien sûr, ce sont des règles (et humaines, en plus). On peut les exploiter. Mais on peut aussi en reconnaître les qualités: bien appliquées, les règles du kendo sont intelligentes, bien conçues et, oh miracle, réussissent à concilier pratique technique et sport moderne.

Ah, tiens, j’oubliais, une hantise des AMHEteurs: la double touche. En kendo, point de règle pourrie « d’afterblow » (d’ailleurs, je traduirais plus volontiers « nachschlag » par riposte que par coup d’après… et ça en change, des trucs). Que nenni, en kendo, deux frappes simultanées, c’est ai-uchi, ou « frappes réunies ». Et c’est la simplicité faite homme, la manière la plus simple de régler le souci: on ne récompense personne, on ne punit personne, on fait comme s’il n’y avait rien. Alliez ça aux quatre points notés plus haut, et vous comprenez que vous n’avez aucun intérêt à ne pas vous défendre…

Oui, dans un vrai combat, les deux seraient morts. Mais le kendo, c’est pas un vrai combat, c’est une confrontation civilisée entre deux personnes qui cherchent à développer leur art dans un petit instant, en réalisant une victoire qui a du sens, et pas une victoire a tout prix (et surtout au prix de l’intelligence). Mais si vous voulez un vrai combat, j’ai un Winnie à la maison qui ne demande que ça !

HAJIME !

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3 réflexions sur “Le Kendo, épisode 3: la compétition réussie.

    • Quand j’aurais trouvé une bonne solution pour résumer la technique du kendo et, bien sûr, prouver que c’est un AM bien plus respectable ce que les « liechtyhooligans » ou les « systemauersboys » pratiquent.

      • Si vous avez besoin d’un coup de main, ou une question, ce sera avec plaisir, avec mes maigres connaissances et mes contacts. 😉

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