The Meyer, de Albion Sword, USA.

Le retour des vacances, c’est une sacré dose de problèmes. Réparer une chaudière qui fuit, répondre aux mails de fanatiques vous expliquant que vous êtes un horrible fasciste enfermé dans sa tour d’ivoire, terminer votre 148e version de la traduction de l’épée longue allemande savante, fonder votre entreprise, sauver le monde…

Comment puis-je faire une bonne année 2014 ?

Mais c’est aussi l’occasion, après un réveillon aussi dévergondé que dépensier, de ranger son appartement. Et de retrouver des choses. Des choses qu’on utilise plus. Comme de vieilles épées.

Aujourd’hui, on va parler d’une de ces vieilles choses, on va parler de l’épée Meyer, d’Albion Sword.

« Mais pourquoi, Carrousel, nous parler de vieille chose ? L’épée Meyer n’est pas ancienne pourtant !  » Je vous répondrais que non, elle n’est pas ancienne.Mais je l’utilise peu. Parce que j’ai été déçu de mon exemplaire. Et voilà pourquoi.

On voit bien le galbe de la fusée ici.

Je vous ai déja présenté les glorieux artisans du Wisconsin dans cette revue, mais je rappelle tout de même que c’est une société qui fabrique des répliques d’épées, fonctionnelles, en collaborant avec monsieur Peter Johnsson, artisan et forgeron de son état, mais pas seulement. Car figurez-vous que le monsieur est aussi chercheur indépendant et qu’il creuse, jour après jour, les problématiques traitant des armes et des épées médiévales. D’ailleurs, ses observations, articles et recherches sur les liens entre artisanat et traditions géométriques médiévales sont passionnants, je vous les recommande.

Bien. Albion Sword, comme vous le savez, décline ses produits en plusieurs gammes. Ici, encore une fois, nous parlerons que la gamme « Maestro » qui doit fournir, je cite:

…sparring swords that are traditionially constructed, sturdy and safe, with a durable finish and a rugged, attractive look. Perhaps most importantly, these models are designed to be highly responsive and agile, just as authentic weapons of the period. As with all martial arts training tools, these swords are designed to be used with proper safety equipment.

Hop, emballé c’est pesé, les épées de la gamme sont des armes d’entrainement de qualité, des sortes de über-maragin. Et c’est bien ce qui coince avec mon expérience de l’épée nommée Meyer.

Comme son nom l’indique, ce produit de la gamme Maestro est censé fournir à l’escrimeur passionné un outil adapté à la pratique de l’escrime avec une épée longue, mais version XVIe siècle allemand. Principalement, donc, l’escrime issue de textes comme ceux attribués à Joachim Meyer (que Dieu le garde, celui-là) ou Paulus Hector Mair (celui-là, il doit encore payer ses dettes). L’arme s’inspire donc, directement, du design des épées représentées dans les ouvrages cités.

Vrai tranchant et faux tranchant, hein, je précise. Ainsi que les divisions de la lame.

Donc, comme vous pouvez le voir, pommeau sphérique ou tout du moins préhensile, des quillons larges mais pas trop, une lame d’une longueur raisonnable (ça se discute et j’en parle après) et surtout, surtout, cette partie, proche de la garde, que l’on nomme ricasso, et que le texte de Meyer semble appeler « schilt » ou « bouclier« .

Ce qui me permet de signaler un premier petit défaut sur cet outil, à savoir les bouts anguleux du dit « schilt« . Les pointes peuvent provoquer de jolies écorchures en cas d’impact trop proche, le métal anguleux ayant une forte tendance à s’accrocher aux vêtements et à la peau. Cela dit, ce « bouclier » est aussi un glorieux artifice, puisqu’il permet de faire des tas de choses, comme apprendre à contrôler le fer plus loin que les quillons, protéger les doigts lors des « zwerchau/coup travers« . Il paraît ( je laisserais les gens savants, avec des titres, confirmer ou infirmer) même que cela permet de répartir les masses de manière intelligente pour ressembler à une véritable épée sans en avoir les inconvénients.

La pointe qui fait bobo.

Niveau finitions, c’est comme d’habitude très satisfaisant, par contre, rien à dire. La prise en main est nickel, et même si des râleurs non homologués peuvent mal vivre la fusée recouverte de cordelette, je la trouve personnellement très utile dans le cadre d’une escrime à deux mains. Le galbe de cette fusée, séparant clairement les deux mains avec une silhouette que ne renierait pas une femme du Moulin Rouge, est également un point très agréable, bon nombre d’épées d’entrainement ayant une fusée monolithique, droite et un peu lisse (comprendre: parfois, ça glisse). Et ben là, ça glisse pas. Cela dit, attention, la corde à tendance à très mal réagir aux protections comme des gants métalliques, qui l’usent à la vitesse grand V.

Les quillons n’ont pas le souci du « schilt« , ils sont arrondis et élargis au bout, empêchant toute pénétration intempestive à l’intérieur de votre adversaire.

Ils ont des ptits bouts ronds…

Et on en  vient à la lame elle même: presque un mètre, un peu court par rapport à certaines illustrations chez Meyer, mais, globalement, on reste dans une très bonne moyenne. Elle n’handicape absolument aucune manœuvre ou aucun geste décrit dans les sources. La rigidité du premier tiers/quart de la lame offre une sacré résistance et donc un outil solide pour les manœuvres fer contre fer. Bref, c’est vraiment bien.

Sauf que la mienne à un souci: elle ne plie pas. DU TOUT. Je me souviens clairement avoir noté assez vite ce défaut, surtout quand l’un des masques de mes partenaires est sorti tout cabossé d’un estoc direct (dire que j’ai eu peur est un euphémisme). Et non, je n’exagère pas du tout, car j’ai aussi eu l’insigne chance de prendre un ou deux coups de cette épée en pleine poire: résultat, une ou deux côtes fêlées à travers une veste de leçon bien rembourrée.

On dirait pas, mais j’appuie. Vraiment.

L’épée longue Meyer, de Albion Swords.

Ah, comme ce premier achat chez Albion (car oui, il s’agit de mon premier achat chez eux) m’a arraché la gueule. Bon, certes, à l’époque, les prix pratiqués par Albion étaient plus bas. Mais quand même… Et le pire, c’est que j’ai beau chercher dans ma mémoire éléphantesque, je crois que jamais je n’ai pu faire un assaut avec cette lame sans faire mal à mon adversaire, à cause de ses petits angles et surtout de son manque de flexibilité. Soyons clair: le modèle que j’ai acheté ne plie pas. C’est aussi simple que ça: la lame est aussi flexible que mon sens de la diplomatie, c’est à dire pas du tout. Et j’ai des témoins ! Bon, cela dit, la rumeur AMHateuresque dit que je suis probablement tombé sur une mauvaise série. J’ai pu manipuler d’autres exemplaires d’épées Meyer très souples sur le dernier tiers, ce qui nuance fatalement mon propos, qui ne peut s’appliquer qu’à l’exemplaire que j’ai eu la possibilité d’essayer. Dans le cas où la vôtre plie bien, c’est une très bonne épée d’entrainement. Bon, je l’aimerais un chouilla plus longue, pas beaucoup mais un peu, ce serait bien, mais je chipote.

Mais le Carrousel vous le dit, si vous en avez l’occasion, n’achetez JAMAIS un équipement de pratique sans l’avoir essayée avant. Et pas une épée de la même série, mais bien l’objet que vous voulez. Il n’y a que comme cela que vous pourrez vous assurer qu’elle convient à votre pratique. Ne sous-traitez jamais votre jugement à un tiers, même si c’est un artisan connu, réputé, ou avec des atouts naturels hors normes. Ou alors assurez vous que la production est intégralement robotisée, ils font moins d’erreurs.

Cela dit, gardez donc à l’esprit qu’une revue est subjective, ne serait-ce que parce que je n’ai au accès qu’à un modèle de la Meyer, et pas des Meyer plus flexibles et dépourvues des défauts de celle-ci. Ainsi, il semble qu’au delà de la flexibilité, les coins du « schilt » se sont passablement arrondis, ce qui est un soulagement non feint pour mon petit cœur d’escrimeur non viril. Ce qui prouve, encore une fois, que Albion Sword écoute ce qu’on lui dit. C’est assez rare, suffisamment pour être noté.

Caractéristiques:

Longueur totale: 121 cm
Longueur de la lame: 93 cm
Largeur de la lame: 3.5 cm
Largeur du « bouclier »: 8 cm
largeur des quillons: 28 cm
Point d’équilibre: 10 cm
Centre de percussion:  55-60 cm
Poids: 1.5 kg

Les +

  • Une arme sécurisée. Il paraît qu’elle est souple.
  • La présence d’un « bouclier/ricasso » de forme utile
  • Une forme assez proche des armes représentées dans les livres d’armes
  • Un équilibre vraiment agréable, elle ne pèse pas sur les bras au bout de 5 minutes.

Les –

  • Paraît qu’elle est souple. Pas la mienne.
  • Une forme qui, bien qu’historique, peut sembler moche aux personnes n’ayant aucun goût.
  • Le bout pointu des branches du « bouclier/ricasso« , qui font mal quand ils frappent.
  • La fusée en corde, qui n’est pas au gout de tout le monde

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