Huit ou six ? Énigme quantique ou codicologique ?

Comment ça marche donc, Fiore dei Liberi ?

Combien de fois nous-sommes-nous posés la question, vieux de la vieille, ultimes représentants de l’anarchie martiale ? Non, ne comptez pas, c’est impossible à remonter.

 Prenons, pour illustrer ce fonctionnement, un petit essai d’étude. Quand on lit le tout petit chapitre dédié au « bastoncello », le petit bâton, presque assimilable à une matraque, on se rend compte que pour l’auteur du « Florilège des duellistes », Fiore ou pas Fiore, le propos est articulé non pas selon une progression linéaire mais selon un système de renvois. Il l’ écrirait aujourd’hui qu’il ferait un usage presque abusif des liens hypertextes…

Notons que tous ces textes sont issus d’un travail de traduction du Ms Ludwig XV13 de Los Angeles.

 Lisons donc, camarades d’infortune.

On est assis, et toc, on se fait attaquer par un fou. Un pratiquant d’AMHE, surement.

Je suis l’élève du sixième maître qui remédie à la dague et qui se défend ainsi avec sa dague.
En son honneur, je me couvrirais ainsi avec ce petit bâton. Et je me dresse sur mes pieds et je fais les jeux de ce maître.
Ce que je peux faire avec le petit bâton, je peux le faire avec un capuchon. Le contraire de mon maître est mon contraire.

Oh, ok, on nous cite un mystérieux « sixième maître de la dague ». Bon, mystérieux, pas vraiment.

Lisons donc, quelques feuillets après, la description du dit sixième maître de la dague. En rappelant que les maîtres sont en fait des postures de défense avec une dague (ou sans), face à une dague. Enfin, face à un gars avec une dague (désolé mesdames, pas d’attributs féminins, mais je suis ouvert à toute source contraire).

Oh, mais, tiens donc, l’illustration n’est pas concordante. Regardez vous même.

A gauche, petit bâton, à droite, daguounette.

Comme vous le voyez, l’image du petit bâton montre un lien au dessus, l’image de la dague, un lien en dessous.

ERREUR MANIFESTE

Prenons la suite, donc, parce que nous sommes des gens curieux:

Jambes croisées, le comble !

Ohh, mais ohhh, une parade par dessous !!!! Correspondant bien au sixième maître. Mais que dit le texte de ce second petit bâtonnet ?

Je fais le jeu du huitième maître qui guérit. Je fais ma défense avec de petit bâton.
Je fais cette parade en me levant sur mes pieds et je peux alors faire les jeux de mon maître.
Je les ferais également avec une capuche ou une corde.
Le contraire de mon maître est également le mien.

Bizarre. Bizarre autant qu’étrange. Un texte qui se trompe ? Se pourrait il que le copiste ait inversé la référence au sixième et au huitième ? Les textes aussi ?

Oui, chers camarades, vous êtes en face d’une…. erreur de copie.

Allez, continuons notre petite exploration. Maintenant, nous avons des données fixes et claires. Nous savons qu’il y a une erreur de copie dans le lien entre texte et illustrations et que l’image qui dit faire référence au sixième maître de la dague fait référence, plutôt, au huitième maître. Reprenons donc avec cette seconde image du puissant « petit bâton ». Que dit elle, cette illustration ?

Attachons nous maintenant à un petit jeu de ce « sixième » maître (vous avez bien sur compris qu’il est applicable avec le petit bâton, comme le dit expressément la source ?)

Je n’abandonne pas la parade de mon sixième maître. Mon bras gauche tourne au dessus du ton bras droit. En concordance avec le bras gauche, je fais tourner mon pied droit de l’autre côté, te plaçant dans un demi-lien. Tu peux alors dire que je t’ai fait perdre ta dague.
Je fais ce jeu si vivement que je ne crains aucun contre.

Un contre ? Allez, madame est servie :

Je fais le contre du sixième maître en poussant ton coude pour faire bouger ton corps, afin de pouvoir t’attaquer.
Avec cette pression que j’ai  faite vivement, il sera possible de se défendre contre de nombreux jeux resserrés.
C’est un très grand contraire des prises du jeu resserré.

 Et attention, maintenant, en image, la série:

Je me fais attaquer, je pare par dessous, je me lève, je fais une clé de bras avant que l’autre ne pousse mon bras.
Fiou, que d’émotions.

Je sais pas pour vous, mais si je suis assis tranquillement à l’église, je n’ai pas le réflexe d’empoigner mon écharpe pour parer les coups de dague. Visiblement, Federico Savorgnan non plus, d’ailleurs.

Mais au final, que nous enseigne ce petit exercice sur l’oeuvre de Fiore dei Liberi, frioulan parmi les frioulans ?

  1. Le texte n’est pas linéaire.
  2. Par conséquent, on ne peut pas le lire en solo ni en découpant les outils
  3. Les erreurs de copies existent et sont parfois lourdes de sens (je vous passe les différents types d’erreurs possibles

Morale de cette histoire: quand vous lisez le « florilège des duellistes« , apprenez le par cœur avant !

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