Maître à danser ? Vous voulez dire Gauckel !

C’est un vêtement technique, une matière légère et souple, pour le combat !

Braves petits soldats, depuis quelques semaines, nous parlons de livres, nous parlons de tronçonneuses, nous parlons même d’arts martiaux au nom ridiculement barbare. Mais au fond, ne serions nous pas, nous autres « artistes martiaux » (mon dieu que ce terme est ridicule), de pitoyables créatures singeant les vaillants guerriers d’antan, qui n’hésitaient pas à casser des nuques, couper des mains et plonger leur lame dans l’orbite de leur ennemi pour se repaître de ce qui en coule ? Des combattants, des « real deadly fighters » comme certains d’entre nous le portent sur leurs vêtements ?

En effet, si nous analysons à froid notre pratique, nous sommes surtout une bande de jeunes (ou moins jeunes) trublions, souvent de gros amateurs, qui faisons joujou avec des armes en plastique (pour les gens prudents et intelligents, comme votre serviteur) ou avec des armes en métal (pour les gens qui ont un sérieux problème de perception de la résistance du corps humain). Nos baskets, nos survêtements, nos treillis noirs, nos culottes d’escrimeurs ridiculement courtes, tout ceci ne nous fait il pas d’avantage passer pour de charmants rigolos ?

Regardons un peu du côté de la reconstitution. Les écureuils volants, équipe bien connue de behourt (freefight avec épées et armures en acier trempé), réputée pour ses coups-de-pieds-avec-élan-donnés-dans-la-colonne-vertébrale-de-l’ennemi, semblent finalement bien plus proches que nous de la vérité vraie. Que sommes nous, alors, avec nos petites épées, nos petites règles, nos petits pardessus noirs de vétérans de la série Highlander ?

Ne serions nous pas de gros Gauckels ?

Lorsqu’il expose, dans son « Discours détaillé sur l’art de l’Escrime » de 1570, les bases de l’escrime avec l’épée longue (vous savez, celle que vous aimez passionnément et que vous tenez à deux mains comme un bébé son hochet) Joachim Meyer utilise le mot Gauckler .

Auff das nit allein die Jugend so sich auff solche kunst zubegeben willens, durch solche inen unbekandte wort irrig gemacht und zur ver achtung diser kunst verursacht würde oder auch so mitten inAuff das nit allein die Jugend so sich auff solche kunst zubegeben willens, durch solche inen unbekandte wort irrig gemacht und zur ver achtung diser kunst verursacht würde oder auch so mitten in der kunstr solcher wort gedacht erst von nöten sie zu erkleren welchs dan eim sehr verdrießlich zu lesen sonder auch die erfarnen abnemen mogen das die übung des Fechtens auß rechtem verstendigen grund ihr herkommen habe und nicht an leichtfertigem Gauckelwerck gelegen sintemal under solchem Gauckelwerck unnd dem Fechten ein grosser underschaid ist unnd die Ritterliche kunst des Fechtens von allen weit erfarnen Kriegsleuten insonderheit den Romern in grossem werdt Hiergegen aber die Gauckler vor das unwerdest losest gesindt so auff der welt befunden ihe und all weg gehalten worden

Gründtliche Beschreibung der Kunst des FechtensJoachim Meyer, Strasbourg, 1570. Livre I, f°1r.

Bon, vous pardonnerez la traduction hésitante, j’ai appris l’allemand tout seul étant donné qu’au collège, c’était la langue réservée aux hommes supérieurs.

Et cela n’est pas uniquement destiné aux jeunes hommes qui désirent s’investir dans cet art sans être confus au point d’écorner cet art à cause de mots mystérieux qui leurs seraient étrangers ni au cas où l’on prononce ces mots sans qu’il soit nécessaire de les expliquer, ce qui serait particulièrement pénible à lire, mais également afin que le pratiquant expérimenté puisse comprendre que l’art de l’escrime possède ses propre origines, basées sur de véritables bases rationnelles, et pas sur l’art du cirque. Il existe une différence infinie entre l’art du cirque et l’escrime, car l’art de l’escrime a toujours été tenu en grande estime par les hommes de guerres, surtout les Romains, alors que les saltimbanques sont tenus pour les personnes les plus viles et les plus inutiles qui soient de par le vaste monde.

Le mot et ses versions apparentées signifient « bateleur » ou « saltimbanque« . Le terme, profondément méprisant dans ce contexte précis, désigne un escrimeur remuant beaucoup d’air et bougeant trop, à l’image d’un artiste de rue qui enchaîne cabrioles afin d’être vu de tous. La description semble identique à ce que le Ms 3227a décrit dans son introduction, quand il parle des « maîtres danseurs« , des personnages qui, au sein des « fechtschulen » ou « écoles d’escrime » ou « réunions d’escrimeur« , pratiquent un art inutilement ample et gesticulant. A peu de choses près, on croirait lire du Li Mu Bai dans le texte, la chouette coiffure en moins.

Prends garde au Gauckel, jeune ritter, ou ton esprit sera krumpé.

 

Mais je vous imagine d’ici, tremblants à la lecture de ces mots. « Intriguant rédacteur, vous dites vous, je ne comprends pas où tu veux en venir ? Pourquoi nous parler de saltimbanques  pourquoi nous parler d’escrime, pourquoi nous parler ? »

Pourquoi vous parler des danseurs ? Mais, pardi, parce qu’aujourd’hui, nous allons parler de collants !!

Revenons rapidement à notre introduction. Non content de retrouver le mot Gauckler  dans l’oeuvre de Joachim Meyer, en 1570, on s’aperçoit vite, en fouillant dans les textes anciens, qu’il est déjà présent au tout début de l’œuvre d’Andre Paurñfeyndt, en 1516, sous la forme Gauckel:

Das die rechte Kunst der Fechterei / ein alte freie kunnst / bei unsern vorfaren in grosser achtung unnd ernstlichem gebrauch ghalten ist auß vilen Monumenten wol kundt. Aber eygentlich [ist so] ein eitel gauckel werck.

Der Altenn Fechter angengliche kunst, f°IIr, trancription d’Alexander Kiermayer.

Pareil, traduction perso… la mandale avec élan pour celui qui se moque:

Ceci est l’art de l’escrime, celui qui est légitime, un très ancien art libéral, ceux qui le pratiquent sérieusement sont tenus en grande estime, encore plus que les tailleurs de pierre ou les tisseurs. Mais celui qui en tirera de la vanité ne pratiquera que les arts du cirque.

Comme dit plus haut, le parallèle peut vite être fait avec le « leychmeistere » décrits par le présumé Hanko Dobringer, au cours du XVe siècle (je rappelle d’ailleurs à tous que la datation miteuse du Ms3227a doit être prise avec des pincettes, comme toute datation réalisée sur des éléments internes au texte.)

…Als man noch manche leychmeistere vindet dy do sprechen/ das sy selber newe kunst vinden und irdenken und meynen das sich dy kunst des fechtens von tage zu tage besser und mere/ Aber ich wo[e]lde gerne eynen sehn der do/ mo[e]chte mir eyn gefechte/ ader eyne haw irdenken und tuen der do nicht aus lichtnawers kunst gynge/ Nu[e]r das sy ofte eyn gefechte vorwandeln und vorkeren wa[e]llen/ mit deme das sy im newe name geben/ iczlicher noch seyme hawpteund das sy weitumefechten und paryrn irdenken/ und oft vo[e]r eynen haw czwene ader dreye tuen nu[e]r durchwolstechend wille do von sy von den unvorstendigen gelobt wollen werden/ mit dem ho[e]bschen paryrn und  weiterumefechten als sy sich veyntlich stellen/ und weite und lange hewe dar brengen lanksam und trege

Ms. 3227a, f°14r, transcription de Grzegorz Zabinski.

On se la refait ?

Ainsi, on trouve encore beaucoup  de maîtres danseurs, qui prétendent avoir découvert et développé eux même un art nouveau. Ils croient que l’art de l’escrime s’améliore et se corrige jour après jour [NDC: Ha ha ha, les gros naïfs!]. Cependant, j’aimerais bien qu’un seul me montre une technique ou un coup qui ne soit pas issu de l’art selon Liechtenauer. Tout ce que ces hommes font, c’est de changer et transformer fréquemment une technique qu’il connaissent en lui donnant un nouveau nom. Ils inventent ainsi une escrime ample et des parades instinctives. Ils donnent souvent deux ou trois coups à la place d’un seul, car leur seule ambition est d’être admiré par des hommes qui n’entendent rien à l’art de l’escrime, notamment en prenant de belles postures et en frappant trop loin, trop lentement et trop mal.

C’est marrant, parce que ce passage fait partie des nombreux extraits de livres d’armes qui me fascinent. D’abord parce qu’il décrit beaucoup d’AMHEurs que je connais ou que j’ai pu voir exercer leur « art« … pardon, leur « kunst« . Mais surtout parce qu’il décrit, en quelques mots, l’ambition des rédacteurs. Que je vous transmets en quelques mots modernes:

Hey, connard, mon art est complet, alors ne va pas chercher ailleurs, ce ne sont que des imitateurs bon marché.

Robert le Gueux, dit Le Mal Absolu, maître de la Tarbeule.

Je ne sais pas pour vous, mais moi, ça me fait penser à un bon vieil argument de vendeur de marché, le mardi matin aux halles. Sauf qu’au lieu de comparer des poissons ou des jouvencelles de petite vertu, on compare un art de l’escrime à un autre art, en utilisant les arguments les plus orduriers pour parler de son concurrent. Et finalement, au delà de l’argument commercial, on perçoit autre chose. Derrière sa diatribe enflammée, vitupérant les artistes de rues comme autant de vagabonds pratiquant avec maléfice le délit fabuleusement absurde de mendicité agressive (ou de racolage passif), l’auteur cherche plus ou moins à vous expliquer que l’art de l’escrime repose sur des bases raisonnables et raisonnées et que, bon dieu de bon dieu, rien ne se perd, rien ne se crée. En bref, ce n’est pas une construction évolutive, mais une réflexion qui amène à UNE vérité. Bref, c’est un métier, cher lecteur. Du moins il semblerait.

Un métier ? Tiens, si vous reprenez la citation de ce brave tueur de paysans (Paurñfeyndt, bandes de nazes), vous percevez que la notion de métier, de corporation, est présente. Que l’escrime est perçue comme un art, supérieur à l’artisanat et cherchant à se faire une place parmi les arts libéraux…

Oh, non, lecteur impénitent, tu n’as pas été assez sage pour que nous parlions de la querelle des arts et des sciences, ni du débat sur les arts mécaniques. En plus, tu peux chercher, mais jamais l’escrime ne fut impliquée dans cette liste d’arts mécaniques « nobles ». Si tu es curieux, tu peux toujours farfouiller dans les travaux de Neal Ward Gilbert, pour commencer.

La dernière fois, je, non, NOUS avons parlé de visuel. Et aujourd’hui, nous allons aller plus loin. Nous allons rentrer dans la question de la perception du visuel. Les représentations de livres d’armes nous livrent parfois, en effet, de sacrés visuels. Prenez par exemple la représentation de l’escrimeur dans le  Cgm 1507 de Paulus Kal

Oui, l’escrimeur à gauche est en rose. C’est même très seyant !

Nous avons un escrimeur en rose, avec des fesses assez plates, au demeurant. Son voisin est en collant bleu très marqué. Au delà de la bichromie dont le véritable objectif est de différencier les protagonistes (vous savez, les codes de rédaction, etc etc), l’ensemble a pour objectif d’être lisible ET beau, l’ouvrage étant dédié à un prince, Louis IX dit « le Riche ». Oui, c’est assez parlant comme surnom, j’aimerais bien avoir le même. Et si vous prenez la peine de parcourir ce manuscrit absolument splendide, vous pourrez aussi vous apercevoir que les visages sont très jeunes, presque féminins, des visages de jouvenceaux.

Mais les manuscrits « classiques » de la tradition germanique ne sont pas les seuls à montrer des guibolles fines et galbées.

Regardez cette belle illustration du Cod.icon. 394 a

Notez que le bonhomme à droite n’a pas de visage.

Ici, pas de bichromie, mais toujours une délicatesse assumée dans la représentation des jambes de ces jeunes athlètes. Étrangement (mais est ce vraiment étrange, ou bien est-ce voulu ?), les bustes sont beaucoup moins soignés, comme s’ils étaient bâtis sur un modèle unique. C’est assez simple, j’ai toujours eu l’impression de me retrouver devant un bonhomme océdar.

Continuons notre petit voyage dans la mode des jambes masculines. Le livre de Fabian von Auerswald, conservé sous sa version manuscrite à Göttingen, propose des hommes virilement virils. Ils n’ont plus de collants (j’entends les soupirs d’ici) mais des attributs masculins dignes de lansquenets sous stéroïdes ( monté comme un taureau qui aurait mangé de la dynamite, dirait un camarade). Accessoirement, notons que le livre de tonton Fabian propose des saisies utilisant les particularités des vêtements de l’époque (mais nous en parlerons plus tard).

Je vais t’avoir, crevure !

Bon, ok, ces exemples sont très exagérés. Le chevalier en pourpoint rose est peu vendeur aujourd’hui. Mais relisez donc, déjà, mon propos sur le sens que vous croyez lire dans les images. Ou réfléchissez plutôt à ce que vous voulez voir dans ces images et sur ce que vous voulez en faire. Gardez cette question dans un coin de votre tête et observez maintenant la virilité faite homme, ou l’homme fait virilité, l’escrimeur strasbourgeois dans toute sa splendeur du Ms A.4°.2

Oui, ma lame est flexible. Et je vous dis flûte.

Ici, la bichromie est de rigueur, encore une fois, et les attributs masculins toujours marqués. Mais légèrement moins qu’ailleurs à la même époque.

Posons donc la question qui tue: pourquoi ces modes évoluent elles ? Pourquoi représenter un jeune homme effeminé dans un manuscrit relié au monde chevaleresque, des bourgeois gâtés par la nature dans un manuscrit ….
Je lis dans votre esprit… « Ohhhhh, quel cabotin tu fais, carrousel de mon cœur« … vous avez compris, hein ?

Les normes de représentation correspondent au public visé par l’objet. Tout connement.

« Certes, habile manipulateur » vous dites-vous. « Mais à quoi est ce que cela me sert, à moi, AMHEur ? »

Et bien cela te sert à tout, jeune dévergondé de la lame. Réfléchis un instant : pourquoi ne portes-tu pas ces vêtements quand tu fais des arts martiaux ? Tu fais du « liechty » ? Paye ton collant ! Tu fais du Auerswald ? paye tes crevures !

Et pourtant, tu mets, nous mettons des shorts, des joggings, des Tshirts. Pas de collants (au grand désespoir des dames) et seulement des vêtements défensifs jouant un rôle spécifique et actif, telles les rutilantes armures d’un couple d’escrimeurs suisses que nous connaissons tous.

Tout ceci, chers lecteurs, nous pose une question vraiment sérieuse. Que voulons que les AMHE deviennent ? Est ce que nous faisons de la reconstitution, nous attachant au visuel ? Ou bien nous attachons nous aux choses qui comptent réellement, à savoir le système et/ou les modèles exposés ? Et ne venez pas me rétorquer que ces visuels peuvent avoir de l’importance martialement parlant. Prenons l’exemple des chaussures à talons qui devaient être utilisées au XVIIe à la cour du Roi de France. Qu’est ce qui est important ? Reconstruire vaguement les contraintes de l’époque ou bien comprendre en quoi les systèmes proposés dépassent de loin des petites contingences matérielles ?

Vous pouvez décliner la problématique sur d’autres arts martiaux. Comment un occidental mesurant 1,85m peut pratiquer un art martial conçu dans un environnement où la taille moyenne est de 1,60m et où les armes sont adaptées à ces proportions (déjà vu des kote, des gants, d’armure japonaise de la période Sengoku-jidai? On dirait des mains d’enfants) ? Parce qu’il pratique un art martial, pas une reconstitution de la vie d’un bushi japonais.

Alors, posons nous la question. Voulons nous que nos réunions, nos stages où nos compétitions deviennent des fechtschulen modernes ? Avec droit d’entrée, restriction à un statut spécifique ou sexuel ? Compétition pour émuler les milices locales ? Affrontement entre la confrérie des sabotiers et celle des brasseurs pour savoir lequel manie le mieux ses braquemarts ? Parce que c’est ce que sont certaines de nos pratiques à l’époque. Ce sont des activités de caste, qui trouvent une utilité sociale, soit de défense d’une communauté (comme chez Meyer), soit d’affirmation d’un pouvoir matériel (comme chez … Kal par exemple), soit encore comme argumentation universitaire sur l’universalité des sciences médiévales (comme chez les liechtenaueriens orthodoxes). Nous ne faisons pas des activités de castes, nous ne sommes pas des bourgeois qui défendent leurs droits et leurs ville.

Le prochain HEMAC ?

Ça semble parfait. Mais je mets au défi de trouver des voûtes pareilles à bas prix.

Et oui, cher lecteur. On ne peut pas avoir l’épée et le mousquet. Il faut être cohérent avec sa démarche. Faisons nous de la reconstitution, ou bien reconstruisons nous des arts martiaux pour les faire pratiquer hors cadre historique et social ? Personnellement, j’ai choisi. Le monde des corporations, des guerres paysannes ou des luttes d’influences nobiliaires n’est pas un modèle pour moi. Je préfère de très loin pratiquer une escrime où je sais que je pourrais revenir le lendemain sans avoir des doigts qui auraient doublés de volume, ou une arcade sourcilière tellement enflée que je ne pourrais rien voir au dessus du mètre. Les AMHE ne sont pas ce que pratiquaient nos ancêtres. Il n’y avait pas, trônant tel le nécronomicon sur son piédestal, un livre d’armes saint à l’entrée du chapitre des frères de Saint Marc et de la Sainte Vierge. Les traditions textuelles, graphiques et techniques ne s’encombraient pas de reconstruire le visuel, elles reprenaient l’essence pour l’adapter à leur temps, leur monde et leurs nécessités. Et si vous en doutez, regardez simplement les armes du Ms Ger. 2020 de Cracovie, qui montre une escrime de la première moitié du XVe siècle, mais avec des habits et des armes du début du XVIe siècle. Fiore dei Liberi n’enseignait pas les AMHE à ses élèves condottiere et le premier manuel d’arts martiaux français ne s’appelle pas le jeu de l’AMHE. Les AMHE ne sont qu’un concept moderne, désignant la méthode de travail sur des sources anciennes qui, elles, racontent ce qu’étaient des arts martiaux. Enfin, martiaux, ça aussi, ça se discute, mais une autre fois.

Vous le savez, pour moi, la première nécessité des AMHE, c’est l’aspect sportif patrimonial. Faire de l’escrime comme on fait du karate. Donc on oublie les costumes, le visuel, la prestance, les valeurs anciennes, pour se concentrer sur une seule chose: nous faire plaisir en respectant un tant soit peu la nature de l’objet que nous étudions, à savoir qu’il s’agit d’un objet d’histoire, et pas d’autre chose. Ou alors, à force de nous enfermer dans une vision cosmétique et idéalisée de nos pratiques, nous pourrions devenir cela:

Même pas en rêve !

Que retenir de tout cela, alors ? Et bien, amoureux des AMHE, d’abord, tu n’es pas un gauckel. Du moins si tu ne recherches pas à instruire tes pairs, ni leur adoration, ou encore leurs murmures mystifiés quand tu leur expliques que tu fais des arts martiaux différents. Quand tu portes ton treillis noir, ton tshirt noir, ton épée en plastique noir, tu rappelles à tous tes charmants détracteurs que jamais, J.A.M.A.I.S. tu n’as prétendu être un combattant du passé. Car tu le sais bien, tu ne fais que faire joujou avec des documents historiques.

Cela signifie malheureusement que tu n’es pas et ne sera jamais un chevalier, ni un spadassin, ni un combattant. Que ton entrainement ne te donnera jamais la formation d’un homme d’armes du XVe siècle, ou la force de douze guerriers spartiates. Alors, par pitié, sois cohérent dans ta démarche, va jusqu’au bout. Délaisse tes attributs de « fighter« , de « guerrier » ou de « vrai combattant« . Ceci fait, tu seras déjà moins ridicule. Sauf si tu peux te targuer de ces titres par le biais d’activités plus concrètes, genre la Légion ou la protection d’un mafieux. Mais surtout, tu auras fait un pas capital dans ta démarche: tu te seras détaché un peu plus du fantasme de la recréation pour revenir à la méthode de relativisation. En ne prenant pas les sources trop au sérieux, tu deviendras, paradoxalement, plus sérieux. Et considérablement plus séduisant, ce qui ne gâche rien.

En somme, tous les espoirs sont permis. Et comme l’espoir fait vivre, toi, amateur d’escrime ancienne, tu deviendras un peu immortel.

Seul Ash est un vrai guerrier des temps modernes !

La rédaction du Carrousel tient à vous rappeler qu’insulter quelqu’un en le traitant de Gauckel ne risque pas de mener à grand chose, l’individu en question étant probablement incapable de lire plus de trois lignes de ce blog et ignorant donc ce que vous lui dites. Être le seul à comprendre l’insulte est un signe de faiblesse qui fait de vous un Gauckel.

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3 réflexions sur “Maître à danser ? Vous voulez dire Gauckel !

  1. Petite mise au point : Un « Gaukel » (remarque que le C a disparu dans l’écriture) est un objet ou une action qu’on peut traduire avec « illusion ». En Allemand existe toujours le verbe « vorgaukeln » (faire illusion, faire semblant) La personne, c’est le « Gaukler », celui, qui utilise des illusions. On désignait ainsi des comédiens qui déambulaient de marché en marché et de ville en ville pour présenter leurs spectacles, des saltimbanques.
    Dans beaucoup de régions, surtout dans le sud d’Allemagne, le mot « Fechter » était associé au « Gaukler », même pire, à des voleurs et des « bon à rien », qui passaient leur temps sur les « Paukböden » et dans les tavernes, réputation qui passe plus tard aux étudiants (Goethe en parle qqpart dans son « Faust »).
    Et pour la gravure avec ces superbes voûtes, ça ressemble au marché couvert d’Augburg ou d’une autre grande ville de 19e siècle.

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