1+33, une équation escrimale d’une transcendante subtilité ontologique.

La plus grande découverte de la vie d’un amateur d’arts martiaux historiques européens, c’est de se rendre compte qu’à coté de la cascouilissime épée longue, déclinée à toutes les sauces pour des raisons que je pense beaucoup trop proches du fantasme rolistique du paladin, il existe une multitudes d’armes et de systèmes martiaux qui ne demandent qu’à être explorés. De manière respectueuse, nous vous inquiétez pas.

Par exemple, si Paulus Hector Mair ne parle pas d’une redoutable escrime avec une tronçonneuse steampunk, il expose tout de même dans ses compilations un ensemble de techniques (je n’irais pas jusqu’à parler de système cohérent) dédiées au maniement des armes « rurales ». Des outils comme le fléau à blé, mais aussi la serpette, la faux ou le très célèbre outil que l’on nomme « branche d’arbre ». Ou « tronc », du nom d’un célèbre fan de chaussures du premier parti d’opposition français.

Paulus Hector Mair, qui a survécu à son procès.

Nous avons parlé, la dernière fois, rapidement, du livre de M. Romagnan dédié à l’escrime savante espagnole. Hors, je suis mauvais esprit, il y a eu un livre francophone de qualité avant le sien. Celui de notre bienheureux confrère codicologue, Franck Cinato, et de son collègue, André Surprenant. Bien que le terme de « purge », employé la dernière fois, soit trop emphatique pour leur oeuvre, il y a assez de choses à dire dessus (et des bonnes) pour faire une petite critique.

Hop, j’aiguise mon crayon, et je suis a vous.

C’est sobre, c’est bleu, c’est classe… je n’arrive pas à comprendre comment ça peut sortir d’une presse scientifique française.

Le livre, tout d’abord, est un beau livre. Oh, attention, collectionneur avide: ce n’est pas une reliure de cuir et il n’y a pas de dorure. Quand je dis que c’est un beau livre, c’est un ensemble de choses. Il est de taille raisonnable, la maquette et la couverture sont parmi les plus réussies de celles que j’ai dans ma bibliothèque.

L’intérieur de l’ouvrage est divisé en plusieurs parties, facilement identifiables grâce à une table des matières située en fin de livre.

Le propos s’ouvre d’abord sur une présentation de l’objet manuscrit, puis de son parcours historique connu. Il enchaîne sur des informations capitales pour tout chercheur un tant soit peu consciencieux, à savoir les hypothèses de confection du texte, mais aussi l’analyse de ce même texte, non pas en tant que guide technique, mais comme écriture… bref, un ensemble de théories et d’éléments particulièrement importants pour comprendre l’objet « manuscrit », le texte qu’il contient, mais aussi l’escrime qu’il expose. Le seul petit point sombre serait, à mon sens, la difficulté qu’on parfois les auteurs à trancher entre deux théories. Mais c’est une attitude que je peux comprendre, étant donné la difficulté à pouvoir fournir des raisons qui coupent…

Mon dieu, voilà que je me mets à écrire comme dans ce livre. Car oui, en effet, il y a quelques petits défauts. Non, en fait, il y en a un, petit, mais qui peut devenir gênant. Le style. Le style de rédaction est difficile, touffu, parfois (à mon sens) inutilement ampoulé. Les expressions « escrimal » ou » littéralité » sont toujours utile, je suis le premier à pouvoir en témoigner, quand on cherche à mettre sur parchemin une telle analyse. Mais il faut savoir en mesurer la teneur et la fréquence, sous peine de voir son lecteur reprendre certaines phrases a voix haute, pour parvenir à simplement en saisir le rythme.

Telles sont les particularités normatives et les discontinuités les plus aptes à motiver les hésitations modernes à l’égard du témoignage de l’image dans le Liber de Arte dimicatoria

La seconde partie, dédiée au texte lui même, est un modèle du genre. A chaque fois que l’on tourne une page, le lecteur trouve à sa droite une reproduction en noir et blanc de la partie de feuillet concernée. A sa gauche se déroule une transcription puis une traduction du texte latin. Puis s’ensuit en italique une petite explication technique de ce qui est décrit, explication qui suffit 99,9% du temps à démêler l’esprit du lecteur.

Non, vraiment, une réussite.

Les annexes, quant à elles, sont presque plus importantes que le reste de l’ouvrage, à mon avis du moins. En effet, les deux auteurs, non contents de transcrire et traduire un texte précieux et rare, ont exposés la structure actuelle des cahiers du manuscrit. On perçoit alors, avec un recul que je soupçonne calculé de leur part, toute la subtilité des analyses de la première partie, dédiées à la confection de l’objet et à la construction de ce projet incroyable que fut la synthèse de l’escrime avec l’épée et le petit bouclier.

Je passerais sur le lexique, d’une grande qualité, et sur la bibliographie, largement suffisante pour occuper les amateurs d’AMHE jusqu’à la fin de leurs jours.

Conclusion

Difficile de parler d’un livre que l’on a apprécié et que l’on respecte pour la somme de travail qu’il représente. Si vous ne deviez avoir qu’un livre sur l’escrime médiévale, je vous conseillerais celui-là. Principalement parce qu’au delà de la transcription et de la traduction d’un texte précieux, il expose le cheminement intellectuel de deux brillants chercheurs qui ont posés ce qui est probablement l’une des meilleures méthodes d’investigation du milieu des AMHE. A mon humble avis d’emmerdeur patenté, seul le livre de Ute Bergner et Johannes Giessauf sur le livre d’armes de Hans Czynner tient la comparaison. C’est dire !

Donc, à vos chasubles, les gens…

Le livre de l’art du combat, de Franck Cinato et André Surprenant.

Les +

  • Bel objet
  • Un travail de traduction absolument parfait (à mon sens)
  • Une plongée passionnante dans les théories de la confection du texte et du manuscrit
  • Une méthode rigoureuse.
  • Le thème, sexy a souhait.

Les –

  • Un style de rédaction franchement ampoulé
  • Des mots parfois inventés (ou très très peu utilisés dans la langue quotidienne)
  • Un refus parfois très prononcé de se prononcer entre deux théories
  • C’est tout.

La tonsure c’est la classe !

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